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  • Laurent Puech

Les violences conjugales ? "On" s'en cogne !


Voici donc ce que Siné Mensuel (n°84 - mars 2019) affirme que "tout le monde" pense.




Tout le monde ? Vraiment ? Bien évidemment, non. D'ailleurs, à la lecture de l'article de Léa Gasquet, on s’aperçoit que l'expression "s'en cogne" n'est là que pour provoquer, quitte à tordre les faits. Amélioration de l'arsenal législatif, de la connaissance des violences et de leur quantification, mobilisation des travailleurs sociaux et travail sur l'adaptation des réponses institutionnelles, et même tendance à la baisse du nombre d'homicides "depuis 2013", tout ceci se retrouve mentionné dans l'article.

Mais la situation est loin d'être parfaite et les moyens actuels ne suffisent pas à répondre à tous les besoins. D'où le... "tout le monde s'en cogne".


Le regard de la journaliste de Siné Mensuel, construit à partir d'exemples particuliers, contient un biais de sélection des informations recueillies et diffusées. Dommage. Dommage d'avoir oublié (ou ne pas avoir cherché à savoir) qu'il existe quantité d'améliorations sur le territoire : ici, une ville libère des logements dédiées à l'accueil de femmes victimes le temps d'un relais; là, un département finance un dispositif d'hébergement en urgence pour celles qui fuient ces violences; là encore, c'est un centre d'hébergement qui est ouvert avec un co-financement par des collectivités locales et l'Etat. Et puis, les intervenants sociaux en commissariat et gendarmerie de plus en plus nombreux, des psychologues en commissariat dédiés au public, les travailleurs sociaux de secteurs et des hôpitaux qui sont de plus en plus formés et sensibles à la dimension violence dans le couple, ces policiers et gendarmes qui ont désormais régulièrement des formations sur le sujet, ces réseaux "violence conjugale" de professionnels qui partout sur le territoire s'organisent et réfléchissent pour mieux articuler leurs interventions et réponses, ces bénévoles et professionnels des associations d'aides aux femmes victimes mobilisés partout sur le territoire... Et encore, les affaires qui depuis deux ans font régulièrement la une des médias, de #balancetonporc à #metoo, des prises de parole de Flavie Flament à celles d'actrices françaises ou américaines révélant les agressions subies, l'affaire Denis Baupin et l'affaire Georges Tron aussi et les procès très médiatisés... Et les appels de responsables publics ou membres du gouvernement à libérer la parole.... Sans compter les condamnations de tels propos, de telle phrase sur les réseaux sociaux, les thèmes et thèses défendues dans des films ou séries télévisées (Jusqu'à la garde; Mon Roi; L'emprise; Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi. par exemple)... J'ajoute un Orelsan qui en parle dans sa chanson Tout va bien ou Big Flo & Oli dans Dommage... Etc.


Alors, "tout le monde s'en cogne", vraiment ? Ce partie pris victimaire qui cherche la culpabilisation d'une société qui n'en fait (fera ?) jamais assez est très présent dans le discours et probablement la pensée de militant.e.s protect.eur.rice.s des femmes victimes de ces violences. Mais avec de tels titres, qui s'ajoutent à d'autres discours sur ce thème parlant d'indifférence générale, on relaye et renforce une idée fausse : celle que tout le monde se fout de ce que vivent ces femmes.


Il semble donc que, ces faits solides et nombreux, certain.e.s s'en "cognent".