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  • Photo du rédacteurLaurent Puech

Témoignage d’un père et d’une mère travailleuse sociale suite à une IP « abusive ».

[Avertissement : Chaque publication de témoignage de parents confrontés au dispositif de protection de l'enfance amène des parents à prendre contact avec moi, via ce site. Et ce sont aussi des professionnels du travail social qui se retrouvent parfois, en tant que parents, concernés par ce dispositif. Leurs témoignages sont importants car ils portent une parole critique à partir d'une expérience qui n'est pas celle du simple parent. Ils connaissent, et c'est le cas dans le témoignage ci-dessous, le dispositif et les pratiques professionnelles "de l'intérieur". Mais cette expérience singulière, celle de se retrouver "évalués" en tant que parents, alimente une réflexion que leur témoignage permet de mutualiser avec les professionnels en exercice. Ici, ce sont leurs mots, de parents, avec des propos qui leur appartiennent. L'épreuve dont ils témoignent nous enrichie collectivement. Laurent Puech]


Cette IP serait née « d'une incompréhension ». Nous citons l'assistante sociale qui nous reçoit pour la première fois dans son bureau. Il s’agit d’un un premier entretien « d’évaluation des besoins de notre enfant et des risques potentiels pour notre enfant ». C'est ainsi que l'on nous présente le protocole de L’IP. Celle-ci émane d’un service qui accompagne notre enfant depuis l'âge de 2 ans. Ce service étant rattaché au service de maternité de l’hôpital, il s'agissait d'apporter une écoute ponctuelle a notre famille, suite à un évènement douloureux.

Un lien de confiance s'établit entre notre enfant et le thérapeute qui l'accompagne. Ce suivi qui devait se dérouler sur quelques entretiens s'est finalement installé sur 3 années. Des difficultés de concentration ont été repérées. L’équipe préconise de faire passer des tests à notre enfant. Puis un diagnostic médical s'est imposé dans notre réalité. Sans que nous y soyons préparés. Un dossier MDPH se met en place.

Une prise en charge par plusieurs professionnels spécialistes. Malgré les contraintes, nous aménageons notre emploi du temps, nous qui travaillons tous deux pour que notre enfant bénéficie d’une prise en charge « adaptée ».

Le suivi est régulier. Les rdv s'intensifient.

Notre enfant rencontre de façon hebdomadaire 3 professionnels.


Nous arrivons en période de Covid. Notre enfant est âgé de 5 ans. Cette période se révèle anxiogène. Nous sous-estimons l'effet dévastateur de l'épidémie. Cela a été une période difficile pour notre enfant qui a un profil « hypersensible ».


Deux mois avant que la déferlante IP ne nous emporte. La psychologue du service nous parle d'un potentiel intellectuel supérieur a la moyenne. Notre enfant serait un Haut potentiel. « Aucune inquiétude à avoir, nous dit-on ». A cette période, pourtant, nous vivons un changement familial important.


En juin 2021 nous sommes tous deux convoqués à des temps différents. Une coordinatrice s’invite à cet entretien. Des questions inhabituelles nous sont posées mais travaillant dans un lien de confiance avec l’équipe depuis 3 ans, nous ne nous doutons de rien.

Notre fils manifeste beaucoup d’angoisses, les écrans sont mis en cause. Nous écoutons les conseils des professionnels et interrompons drastiquement toute activité liée aux écrans.


Puis des questions plus insidieuses sont posées. La volonté de ne pas nous entendre son père et moi ensemble nous amène à nous positionner. Ce n’est qu’à ce moment que les professionnels prononcent formellement l'intention de procéder à une IP. Selon eux, notre fils aurait exprimé des choses, cela date du mois d’avril, qui semblent les inquiéter.

Rien de grave nous dit-on mais des choses à éclaircir. Nous sommes estomaqués. Nous sommes en juin et une enquête aurait débuté en avril. 3 séances par semaine depuis 2 mois sans que cela n’ait été abordé avec nous. Nous sommes sidérés et nous réagissons à ce manque de professionnalisme que nous vivons à ce moment-là comme un abus de confiance. S’il y a risque de danger, pourquoi nous interpeller si tard ? Nous interrompons le suivi. Un mois plus tard nous recevons une convocation. Un courrier de la CRIP la cellule de Recueil des informations préoccupantes qui nous informe qu’un service prendrait contact avec nous suite à une IP qui leur a été transmise.

Cette évaluation s’est déroulée sous la forme de deux visites à domicile, une visite en PMI, des entretiens avec les services de l’action sociale, des contacts et enquête auprès des enseignants de nos enfants. A ce moment nos enfants font leur première rentrée scolaire dans cette école.

Nous sommes impuissants face à ce qui arrive. Nous n’avons jamais su sur quels motifs s’est appuyée l’IP pour raisons de confidentialité. Il nous a été impossible de clarifier la situation auprès des enseignants. Il s’agissait de leur première rentrée scolaire dans cette école et cela a été très difficile. Elle nous a collé une étiquette de parent défaillants. L’IP sera classée sans suite quelques mois plus tard.


Nous témoignons deux ans plus tard.

C’est le temps qu’il nous a fallu pour recouvrer un sentiment de légitimité, de perte dans le sens où cette épreuve nous a rendu vulnérable. Les retombées de cette douloureuse expérience ont amené notre enfant à se sentir coupable et à le fragiliser davantage dans cette procédure qui est conduite dans « l’intérêt de l’enfant ».

En tant que parents, nous sommes toujours restés soudés.

 

L’analyse que nous pouvons en faire aujourd’hui reste que, dans notre cas, ce fut une démarche initiée injustement par le seul jugement de valeur ou l’appréciation d’un professionnel et forcément sans preuve puisque autrement, l’IP ne serait pas classée sans suite.

Des questions curieuses sont posées lors de rencontres au domicile. Les intervenants sociaux émettent des jugements sur l’organisation du quotidien, du domicile. Cela suffit-il à définir ce qu’est « un bon parent » ? Mais quel sont les critères : L’aspirateur est-il assez bien passé ? La TV est allumée depuis quelle heure ?  On en vient à se dire qu’il faut remplir son frigo sinon il pourrait être notifié que votre enfant n’est pas correctement nourri.

Toutes ces démarches font naître une peur, parce que l’on réalise qu’une personne, un système, peut vous enlever votre enfant sur la base d’un jugement de valeur même sans raison justifiant que l’enfant soit en danger.

Quoi qu’il en soit au final l’image des parents est entachée.

Il me semble important de dénoncer les lacunes de cette procédure et d’objectiver les questions relatives à la notion de « risque « et de « danger »

Quels sont les critères d’évaluation ?  Où placer le curseur ?

La protection des enfants est essentielle. Des enfants sont victimes de maltraitance, de cas d’incestes qui ne sont pas détectés. Et des IP sont classées sans suite. Pour prévenir « un risque ». 


Mère et professionnelle du travail social

Je travaille dans le secteur du social depuis 16 années et je suis expérimentée dans le secteur de la protection de l’enfance. Passer de l’autre côté du bureau fût très inconfortable non par égo professionnel mais cela a mis en lumière des manquements qui ont une portée contraire à la visée première de notre métier. L’évaluation s’apparente à un questionnaire de contrôle qui coche ou non la case de l’aptitude parentale. Dans un climat de défiance, il parait impossible de susciter l’adhésion d’une famille et de l’accompagner à formuler une demande ou un besoin.

Les conséquences d’une systématisation de l’IP en cas de doute ou de risque nous éloigne dans notre mission première. Prendre conscience qu’appliquer une méthode inquisitrice dans la relation accompagnante accompagné ne laisse pas la place à un positionnement éthique et la bienveillance qui sont au cœur de notre pratique.

 

Pendant l'évaluation, nous n'avons pas eu connaissance des motifs qui ont été à l’origine de l’IP. Son contenu reste refusé aux principaux concernés que sont les parents.

Nous avons contacté la CRIP pour connaître le devenir de cette IP sans suite. Celle-ci reste enregistrée dans les fichiers. Il nous était possible de lire le rapport concluant à un "sans-suite" mais nous n'avons pas fait de démarche en ce sens. Nous ne savons pas si le motif initial de l''IP y est ou pas inscrit.

Nous nous considérons comme parents victime d’une IP « abusive ». Quels sont les recours pour éviter que de telles dérives n’impactent d’autres familles et n’aboutissent à une méfiance à l’égard du système de protection de l’enfance dont les enjeux restent majeurs dans notre société actuelle ?

 

Muriel et Luc*


*Les prénoms ont été modifiés.

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